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Le Bijou Couture revient

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Il n'est pas en or, mais fait un tabac. Retour sur l'épopée du bijou couture inventé par Poiret, Chanel et Schiaparelli au début du XXe siècle.

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Les bijoux couture, surtout les colliers et les bracelets, exubérants, oversized, colorés, inventés par les couturiers des années 1920 font un come-back fulgurant. Dans les défilés, mais aussi sur les red carpets portés par des people aussi différents que Michelle Obama ou Lady Gaga. Le site yoox.com vient de mettre en vente des modèles de l'Américaine Iris Apfel, connue pour sa spectaculaire collection déjà exposée au MET de New York. Les spécialistes du vintage Karine Berribi et Olwen Forest (marché aux Puces de Saint-Ouen) se retrouvent assaillis par les fashion addicts.

 

Les bijoux couture, produits en très petite quantité, sont des bijoux fantaisie anoblis par les Poiret, Chanel, Schiaparelli. Leur caractéristique tient à leur rôle strictement ornemental : ils complètent la tenue en créant un effet inattendu et spectaculaire. Ils servent à mettre en valeur une blouse ou à souligner le style d'un vêtement qui, dans ces années-là, se simplifie. En rupture totale avec la joaillerie, c'est le rapport créativité/prix qui lui vaut d'abord son succès.

Le bijou couture n'est jamais en or, mais en laiton, en étain ou en cuivre. Les pierres brillantes et colorées ne sont pas des pierres précieuses, mais du cristal Swarovski, de la pâte de verre ou des gemmes que la place Vendôme a longtemps dédaignés comme l'agate ou le cristal de roche. Il se décline dans les matières les plus ordinaires : plastique, résine, corde, bois ou encore tissu. Il raffole des chimères, étoiles de mer, soleils ou figurines vaudou. « Ce bijou couture procure une liberté de création totale et il permet les délires les plus fous », explique Camille Miceli, directrice artistique de ce secteur chez Christian Dior. Tout ça pour un prix raisonnable : rarement plus de 1 000 euros. Pas plus qu'un sac. En joaillerie, un modèle aussi créatif et coloré atteindrait plusieurs millions d'euros.

Mademoiselle Chanel a été la meilleure ambassadrice du bijou couture. À l'époque, elle sait qu'il compense l'austérité de son style souvent traité de « misérabilisme de luxe » et qu'il n'y a pas mieux pour dynamiser une petite robe noire. Elle estime qu'arborer de l'or et des pierres précieuses équivaut à « porter un chèque autour du cou ». Le style et l'élégance versus le comble de la vulgarité. Véritable révolution : elle cultive l'équivoque en préconisant un mélange des deux. Il est donc impossible de distinguer les vraies des fausses perles dans les cascades qui tombent sur la poitrine, les émeraudes et les rubis, de la pâte de verre sur des croix byzantines. Les cocottes de la Belle Epoque en pleine émancipation s'enthousiasment pour ces bijoux couture qu'elles peuvent s'offrir et porter en accumulation.

« Le couturier suggérait toujours mais ne créait en aucun cas le bijou. À de rares exceptions près, ce sont les paruriers qui, chaque saison, proposaient une collection dans l'esprit de... », écrivent Godeliève et Patrick Sigal dans Les Paruriers -Bijoux de la Haute Couture (éditions Fonds Mercator, Bruxelles). Des affinités célèbres se nouent comme celle de Schiaparelli avec Roger Scémama ou encore celle de Coco Chanel avec la maison Gripoix qui excelle dans l'art d'imiter la perle grâce à du verre nacré. Il faut attendre les années 70 pour qu'Yves Saint Laurent intègre la création du bijou couture dans sa maison et la confie à Loulou de la Falaise. C'est l'apothéose. La symbiose entre le vêtement et le bijou est totale.

IMITATION ET TRADITION

Après le purgatoire des années 90 d'un minimaliste radical, le bijou couture revient au début des années 2000, via la créatrice italienne de Marni, Consuelo Castiglioni. Comme pour ses vêtements, elle propose des assemblages de matières, des couleurs et des motifs qui ne sont pas faits pour aller ensemble. Elle privilégie les colliers plastrons et les larges bracelets qui sont composés de dentelle associée à des fleurs de céramique, de plastique fondu avec de l'acier, de Plexiglas inclus d'éclats de pyrite. Ils sont les dignes héritiers des modèles vintage, ils se fondent à merveille sur un top ou une robe imprimée pour souligner la maestria du style Marni.

De quoi faire réagir les maisons qui ont négligé cet accessoire, au profit de la chaussure ou du sac. Le revoilà donc chez Yves Saint Laurent, Christian Dior ou Givenchy. Sur le podium, les colliers de Lanvin dessinés par Elie Top, les pendentifs architecturés en métal et ambre, les broches-fleurs qui scintillent de cristaux volent la vedette à la robe. Enfin presque. De leurs côtés, les fournisseurs des couturiers d'autrefois -ceux qui ont survécu -lancent leur propre marque. Gripoix perpétue la tradition de la pâte de verre via des collections totalement affranchies du style Chanel. Le fabricant tyrolien de cristaux Swarovski lance une collection Atelier Swarovski : il invite créateurs et artistes, comme Christopher Kane, Proenza Schouler ou encore l'artiste Konstantin Kakanias, à concevoir des pièces en cristal. Un retournement de situation, une revanche pour ceux qui ont longtemps officié dans l'ombre des couturiers.

Aujourd'hui, le bijou couture s'émancipe complètement de son origine. Il coupe le cordon : le qualificatif de couture ne signifie plus qu'il a été créé par Dior ou Carven. Il s'étend aux modèles d'artistes comme ceux d'Hervé Van Der Straeten en laiton martelé ou en acier peint de l'Américaine Sheva Fruitman. Il s'utilise pour les bijoux de marques comme Erickson Beamon, Hélène Zubeldia, Mawi, Shourouk qui brodent des perles sur du tissu, incrustent des éclats fluo dans des strass ou comme Marion Vidal qui agence des éléments de céramique colorés. « Ce sont de très beaux objets qui s'apparentent à de petites sculptures, elles sont dignes des belles pièces vintage », s'enthousiasme Dauphine de Jerphanion, styliste, au Bon Marché. Marie Keslassy aujourd'hui à la tête de la maison Gripoix, elle, regrette que cette « dénomination couture soit utilisée abusivement pour des pièces qui n'en sont pas toujours dignes, surtout en terme de savoir-faire. »

Le bijou couture, grâce à son humour, sa fantaisie et son prix, a su faire évoluer son statut. Il s'est émancipé jusqu'à inverser les rôles: c'est aujourd'hui le vêtement qui le complète et le met en valeur.

http://www.lesechos.fr/luxe/horlogerie-joaillerie/gemme/0201784592731-le-bijou-couture-revient-260810.php

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